THÉMATIQUES ET VALEURS FONDAMENTALES

La lignée pratiquante considère la pratique et l’esprit de la méditation comme la source et le cœur de notre existence.

LA LIGNÉE PRATIQUANTE

Dharma Ocean descend directement de la « lignée pratiquante » de Chögyam Trungpa Rinpoché et se veut l’expression de son enseignement du Vajrayana. Le mouvement offre un parcours de réalisation spirituelle clair, direct, accessible et éminemment adapté au contexte contemporain. Il s'agit d'habiter pleinement notre vie et notre monde dans ce qu’ils ont de sacré ; il s'agit de devenir un être humain complet et de trouver notre place véritable dans l'infinité de l'être.

La mission de Dharma Ocean est triple : premièrement, étudier et pratiquer les enseignements de la lignée pratiquante, tels qu'articulés par Chögyam Trungpa Rinpoché, en mettant particulièrement l'accent sur son dharma du Vajrayana ; deuxièmement, transmettre à d'autres la vision propre à cette lignée pratiquante et son parcours, étape par étape, vers la réalisation ; troisièmement, effectuer tous les ajustements et les adaptations nécessaires pour rendre cette lignée pleinement accessible pour le monde actuel, notamment en mettant l’emphase sur l'expérience directe et l’incarnation.

Voici comment Trungpa Rinpoché décrit la lignée pratiquante : « La lignée pratiquante n'est pas une chose visible de l’extérieur qu’on peut s’approprier et posséder, comme une marchandise. Elle ne peut être réalisée que de l'intérieur. À vrai dire, la lignée pratiquante se réalise elle-même. En bout de ligne, il n'y a pas d’individu réalisant la lignée pratiquante : la réalisation advient simplement dans notre vie. La lignée pratiquante consiste à s'appuyer sur la pratique et l’esprit de la méditation comme le cœur et la source de notre existence. Il s'agit de trouver la réponse à la vie en s'abandonnant à l'ouverture, à l’intuition et aux ressources du moment présent. C'est cela la lignée pratiquante. Notre travail est de la garder et de la défendre au prix de notre vie. Notre travail est de nous assurer que les autres ne la méprennent pas — et que nous-mêmes ne la méprenons pas — comme un objet objectivement connaissable qui puisse être possédé d’une manière ou d’une autre, institutionnellement, personnellement, socialement ou de quelque autre façon. » [1]

1) La nature de notre lignée

Une lignée au sens bouddhiste implique un ensemble d'enseignements spirituels transmis d'une génération à l'autre. Trungpa Rinpoché a transmis une expérience particulière de la pratique, de la compréhension et de la réalisation conforme à la transmission qu’il avait reçue de ses propres maîtres. Il me l'a transmise, ainsi qu’à ses autres étudiants des premiers jours, et nous a spécifiquement demandé de la transmettre à notre tour.

Les choses se passaient de la même façon à l'époque du Bouddha. Sa lignée continue est née le jour où il a repris contact avec cinq compagnons d’une retraite de six ans. D’une simple instruction, le Bouddha leur a indiqué la nature de l'éveil et l'un d’entre eux, Ajnata Kaundinya, a « compris ». Ainsi, l'enseignement fondamental du Bouddha sur l'éveil a été transmis à Kaundinya puis aux quatre autres, qui l'ont transmis à d'autres et ainsi de suite de siècles en millénaires.

Contrairement à ce que l’on croit communément, une lignée authentique n'a rien à voir avec les institutions, les organisations, les hiérarchies officielles ou le contrôle bureaucratique. Elle n'a rien à voir avec les titres, les honneurs, les médailles ou les positions institutionnelles. Elle représente essentiellement une expérience et une façon d'être humain. Plusieurs des lignées spirituelles les plus profondes du bouddhisme ont été transmises par un maître à un ou deux disciples, en marge de la pensée conventionnelle et de ce qui était perçu comme socialement « correct », et parfois hors de l’espace public. En fait, à travers l’histoire (en Inde et au-delà), le bouddhisme institutionnalisé s’est trop souvent orienté dans une direction diamétralement opposée aux transmissions des lignées authentiques ; il s’y est même opposé. [2]

2) La place centrale de la méditation dans la lignée pratiquante

La méditation (et l'expérience directe et personnelle des enseignements qu'elle permet) sont l'essence et le cœur de cette lignée. Le but de la méditation est d’entrer en contact avec la conscience méditative ultime, appelée par Trungpa Rinpoché « l'état d’éveil ». Conformément au style du Vajrayana véritable, nous considérons le corps humain comme la porte d’accès à l'illumination. Je ne parle pas du corps tel que nous le pensons habituellement et tel qu'il est compris par la pensée conventionnelle. Il s’agit plutôt de l'expérience immédiate, non-conceptuelle, de notre corps humain tel que nous le découvrons à travers le prisme de l’intéroception — l’inspection somatique intérieure et directe.

Le Vajrayana nous montre et nous permet de découvrir personnellement le corps humain comme le triple corps d’illumination du Bouddha lui-même. Il s’agit des trois dimensions de notre être incarné qui, à un niveau fondamental, est déjà pleinement éveillé : d’abord, notre nature la plus fondamentale, qui est conscience immaculée ; ensuite, la compassion désintéressée, qui est l'énergie de la conscience ; enfin, la réponse spontanée qui en découle naturellement. Ces trois dimensions existent toujours de façon continue en dehors du cadre de l'égo. Suzuki Roshi dit qu’en tant que méditants, même débutants, lorsque nous nous trouvons pleinement connectés avec notre « corps illuminé », nous sommes véritablement « Bouddha ».

3) L'état éveillé comme point de départ

La caractéristique du Vajrayana est que nous commençons avec la fruition du processus : nous commençons en indiquant de manière pleinement expérientielle la réalité de l'illumination qui est en nous. La méditation est l'espace dans lequel nous recevons un aperçu de la fruition, et aussi la méthode par laquelle nous la développons. Ainsi, la fruition fait partie de notre connaissance personnelle directe et devient un phare dans notre pratique.

Le Vajrayana se différencie en cela de bien des approches communes du bouddhisme moderne selon lesquelles la méditation est vue de manière conceptuelle, « de haut en bas ». Comme nous l’apprennent les neurosciences, le corps est le domaine de l'expérience directe, nue, sans interférence, alors que l'esprit pensant est le domaine de l'étiquetage, de la catégorisation, de la conceptualisation et de la pensée discursive. L'esprit pensant est incapable d’expérience directe ; il ne peut ni sentir, ni percevoir, ni connaître quoi que ce soit directement. Il emprunte plutôt l'expérience directe et non-conceptuelle du corps (ou Soma), pour l'étiquetter et la catégoriser en la réduisant à un concept. Il s’agit d’une fonction adaptative de l’esprit qui doit gérer, contrôler et exploiter nos expériences pour favoriser notre survie. Mais l’expérience ainsi filtrée à travers nos catégories mentales est comme un papillon épinglé sur un tableau ; le papillon vivant a disparu.

D’où l’importance de l'approche somatique en méditation. L'expérience directe et non-conceptuelle est un événement somatique qui peut transmettre les vérités du dharma d'une manière inégalée, de façon claire, fidèle et unique. Elle peut nous révéler « les choses telles qu'elles sont » quand elles se présentent à nous dans le creuset primordial du corps. Ceci est crucial puisque, sans expérience directe, personnelle et pleinement incarnée, aucune transformation réelle et fondamentale n'est possible. Comme le soutient le philosophe et psychologue somatique Eugene Gendlin, seule l'expérience directe peut nous transformer fondamentalement.

Vue de cette façon, la méditation ne consiste pas à créer une réalité « bouddhiste » ou « Vajrayana ». Sa raison d’être consiste à nous mener pleinement vers notre expérience humaine ; à la clarifier, la nourrir et la faire mûrir par la pratique ; puis de nous soucier de l’enrichissement et de l'épanouissement de tous les êtres. Rien d’autre ne compte. Il ne s'agit pas de devenir une personne spéciale ou « supérieure », ou de s'échapper dans un état de conscience plus élevé, mais d'être pleinement ici, pleinement dans notre vie, présent à notre quotidien, présent à nos co-souffrants, nous offrant nous-mêmes pour le bénéfice d'autrui. Telle était la réalisation du Bouddha et c'est ce vers quoi tendent aussi nos efforts.

4) Le sangha

Le contenant de cette lignée est le sangha de Dharma Ocean, c’est-à-dire l’association de ceux qui s’engagent dans sa perspective, ses valeurs et ses pratiques. Nous référons à notre sangha comme à une « tradition forestière » : elle ne peut être centralisée, elle n’a pas de siège permanent. Bien que nous ayions des structures et des rôles qui nous permettent de transmettre les enseignements, ils ne sont pas fondamentalement essentiels.

Nous avons (et prévoyons avoir) le minimum de structure nécessaire pour livrer les enseignements de manière responsable. Du reste, chaque pratiquant est fondamentalement seul, responsable de son propre cheminement et de sa recherche d’enseignements selon les modalités qui lui conviennent. L’histoire de nos prédécesseurs dans la lignée démontre que les enseignements authentiques sont difficiles à trouver. Il a souvent fallu énormément d’effort, de persévérance et aussi de souffrance pour trouver le maître et les trnsmissions si ardemment espérées. C’est inévitable, bien sûr : le dharma authentique n’est pas un simple produit du Nouvel Âge ou un succédané spirituel.

Que signifie être un membre du sangha, dans cette lignée, aujourd’hui ? Les critères les plus importants sont le désir de faire partie de la lignée, de se familiariser avec son approche et d’être formé à ses pratiques ; d’obtenir une compréhension directe, personnelle et expérientielle en priorisant la pratique de la méditation ; d’être ouvert à une transformation fondamentale. Aucun autre processus officiel d'inclusion n’est nécessaire. Il suffit d’être prêt à s’engager sur ce parcours pour devenir membre du sangha. De même, à l'époque du Bouddha, il suffisait d’affirmer : « Je veux étudier dans cette lignée. » Et le Bouddha répondait : « Ehi bhikkhu » — « Alors venez. »

Ce qui nous lie est cet engagement envers notre nature humaine commune, envers la méditation et envers notre propre cheminement, dans le respect et le soutien mutuel. Le fait que cet engagement soit partagé permet un respect profond et durable des uns pour les autres, au-delà de nos différences en termes d’origines, d’ethnicité, de langue, de genre, d’orientation sexuelle, de système de croyance, d’étape de vie, de pays de résidence, de nationalité et de cultures. Plutôt que sources de conflit ou de division, ces différences peuvent être vécues comme les joyeuses manifestations de l'intégrité, de l'abondance, de la profondeur et de la créativité propres au partage réciproque de notre expérience individuelle.

Pour être membre du sangha, il importe par ailleurs de comprendre certains principes, dont la plupart relèvent de l’évidence. D’abord, il s’agit d’un parcours personnel. Chacun de nous est responsable de sa propre expérience, de ses propres difficultés et de sa propre situation. Cette lignée offre un large éventail de ressources, incluant les enseignements majeurs fournis par des programmes en ligne, des programmes en présentiel, des CDs, des livres, par le contenu de ce site web et par du mentorat individuel. Son parcours est également exposé dans notre document Steps on the Path d'une manière claire et détaillée, étape par étape. Vous avez donc déjà accès à tout ce dont vous avez besoin pour un cheminement riche et complet. Vous aurez peut-être aussi besoin d’encouragements et de mentorat de ma part, de celle de Caroline ou d’autres méditants avancés de Dharma Ocean.

Mais on ne le répétera jamais assez : il s’agit de votre parcours. C'est à vous de faire des recherches sur la lignée et ses enseignements, sur son histoire et ses maîtres passés et contemporains, et de décider si, comment et quand vous engager dans la formation qui vous est offerte. Pour ceux qui le désirent fortement et qui sont prêts à s’investir, il est possible d’entrer dans la formation Vajrayana.

5) Le principal obstacle personnel : l’égo

Quiconque cherche à s’engager dans cette lignée doit clairement comprendre ceci : il s’agit d’une tradition où tous nos égos, que nous soyons étudiants ou enseignants, se trouveront continuellement mis au défi et remis en question. Ce processus mutuel peut comporter beaucoup d'humour et de joie. Mais regardons les choses en face : ce parcours vers le « non-moi » est extraordinairement exigeant. Il requiert toute l’intuition, l'honnêteté et le courage possibles ; et parfois davantage.

Au début des années 1970, Trungpa Rinpoché a souligné cette caractéristique unique de notre lignée : elle nous pousse à reconnaître la façon dont nous nous cachons derrière nos masques égotiques et à nous engager dans un processus de « démasquage » en consentant à l’exposition de nos petits jeux et de nos dérobades. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’affirmation répétée de Trungpa Rinpoché : « Le travail du guru est de vous insulter ». Le guru doit défier notre précieux « moi », nos petits égos. Et ce n'est pas seulement le travail de l’enseignant, c'est le message même du dharma de cette lignée et ce, dans tous ses aspects — bouddha, dharma, sangha, yidams, dakas, dakinis et protecteurs, dans le Vajrayana. Comme Rinpoché nous le rappelait souvent, toutes ces sources parlent d'une même voix, celle de la non-existence du « moi ».

Aujourd'hui comme dans le passé, les enseignements sur l’illumination sont facilement mépris pour une promesse rassurante de sécurité, un nid chaud et douillet où nous serons soutenus, massés et choyés, et où nous pourrons tous nous sentir mieux. C’est ce que j'espérais moi-même au départ. Mais nous devons bien comprendre qu’il s’agit d’un souhait de la pire espèce. Tôt ou tard, et plus vite que nous ne le croyons, nous découvrirons que tous nos rêves, incluant nos rêves du dharma, seront brisés par le vrai dharma, le vaste et profond dharma, la richesse illimitée des événements de la réalité elle-même ; et que, pour entrer dans le pays de la vraie liberté, il nous faut absolument passer ce seuil enflammé. Si c'est ce que nous voulons vraiment, alors celle-ci est la bonne voie.

6) Le rôle de l'étude

Une bonne compréhension conceptuelle du processus est aussi essentielle à notre parcours. Si elle est nette et précise, elle nous permettra de comprendre nos expériences, d’éviter certains pièges et de mieux communiquer avec les autres. C'est pourquoi l'étude des enseignements, qu’ils soient actuels ou historiques, représente une partie vitale de notre formation. En plus d'étudier l'histoire et les sources traditionnelles du bouddhisme asiatique, et spécialement tibétain, il est aussi nécessaire de se familiariser avec l’expression moderne de Trungpa Rinpoché, telle qu’elle se manifeste dans le contexte de Dharma Ocean ou d'autres lignées. Par ailleurs, les découvertes contemporaines dans les domaines de l’histoire, de la psychologie, de la sociologie, de la neuroscience et autres disciplines peuvent contribuer à approfondir et à enrichir notre parcours, et nous aider à remplir notre engagement de bodhisattvas.

7) Comment voir la relation enseignant-étudiant

Le Vajrayana est une tradition ancienne, un corps d'enseignement bien rodé sur la façon de suivre un parcours spirituel authentique et fructueux. Pour s’y engager, il est essentiel d’avoir des enseignants et des mentors bien formés dans la tradition et prêts à nous guider. Dans toute tradition spirituelle authentique, il existe une hiérarchie évidente entre l’enseignant et l’étudiant ; mais il s’agit ici d’une hiérarchie naturelle (plutôt qu’artificielle), basée sur le respect mutuel, l'engagement, le libre choix et la vulnérabilité de chacun. En même temps, du point de vue ultime, il n'y a ni enseignant ni étudiant, seulement des êtres humains en cheminement, quelle que soit l'étape où ils sont parvenus. D'où l'importance d’une communication égale entre enseignant et étudiant ; comme disent les Tibétains, dans notre Nature de Bouddha nous sommes égaux, et exactement les mêmes.

La relation étudiant-enseignant concerne la transmission et la propagation authentique de la connaissance, de la pratique et de la sagesse. Pour enseigner la pleine mesure de cette lignée, nous devons nous former à toutes les dimensions importantes de la tradition. Notre pratique doit être profonde et régulière, enchâssée dans notre vie. Il s’agit d’un défi important, mais réalisable. En fait, notre formation n'est jamais « terminée » ; nous n’avons jamais « fini ». On s’attend aussi à ce que les enseignants endossent les responsabilités de leur position avec ouverture, soin et modestie.

Les étudiants doivent considérer sérieusement les instructions des enseignants, mais sans s’y abandonner aveuglément ou se défaire de leur identité, de leurs valeurs et de leurs perspectives. Cette lignée exige que nous travaillions ensemble en tant qu’adultes. Que nous soyons enseignants ou étudiants, nous devons travailler les inévitables patterns de projection et de contre-projection, de transfert et de contre-transfert relatifs à une relation de cette ampleur.

Il est essentiel à la lignée que nous maintenions une relation hiérarchique saine et fonctionnelle et, en même temps, directe et ouverte. Un enseignant ou mentor doit « prendre sa place », sans se mettre au même niveau que l'étudiant en faisant du charme ou en essayant d'être un ami. Son rôle comporte une dignité et une responsabilité qui lui permettent de diriger sans contaminer sa position avec son identité égoïque ou ses besoins émotionnels. Quand un enseignant et un étudiant parviennent à maintenir ce paradoxe de hiérarchie et de non-hiérarchie, le contenant peut devenir complètement transparent ; l’enseignant aspire à être un bon modèle et un ami spirituel dans sa transparence, son ouverture, sa vulnérabilité et sa nudité, de même que celles de la lignée elle-même. [3]

8) L'humanité de l’enseignant et l'humanité de l'étudiant

On devient enseignant du Vajrayana après avoir étudié et pratiqué sous la guidance d’un maître compétent, doué de compréhension, capable de transmettre les enseignements et de nous soutenir en vue de la réalisation. C’est la seule raison valable de notre confiance à l’égard de l’enseignant du Vajrayana, et c’est ce qui lui confère une valeur ultime.

Il se peut cependant que nous soyions tentés d’investir dans sa personne ; en le considérant comme un parent idéalisé, par exemple, comme un parent parfait qui remplira nos attentes ou comme un individu parfait d’une manière ou d’une autre. Cette forme de confiance — que j’appellerais « inauthentique » — se base sur la supposition que l'enseignant ne posera jamais d’actes perçus comme menaçants ou bouleversants, qu’il ne nous froissera jamais et qu’il nous soutiendra en tout. Beaucoup de nos amitiés comportent de tels idéaux. Mais il est contradictoire de mettre nos attentes égoïques de l’avant quand nous entrons dans une tradition qui remet si fondamentalement l’égo en question. Rappelons-nous que de telles garanties ne sous-tendent aucune relation adulte quelle qu’elle soit, puisque personne ne saurait remplir toutes nos attentes et que, de toute manière, nous n’avons aucun contrôle sur l’avenir.

La confiance nécessaire entre l’enseignant et l’étudiant est d’une nature différente : elle doit être ouverte et librement donnée, comme un cadeau. L’enseignant est disposé à faire confiance à l'intention qu’a l’étudiant de s'engager sur le chemin de la méditation. L'étudiant est disposé à faire confiance à l’intention qu’a l’enseignant de le soutenir autant que possible dans sa quête spirituelle. Cette confiance réciproque procure l'ouverture, la clarté, le courage et la force intérieure nécessaires pour surmonter les hauts et les bas inévitables de toute relation importante, et du parcours lui-même.

Comme dans toute relation-clé, qui ne risque rien n’a rien. La confiance mutuelle de l’enseignant et de l’étudiant rend possible l'échange qui est l'essence de leur relation ; elle leur permet aussi d'approfondir leur rapport aux enseignements. C'est pourquoi, avant de s’engager (et ce tout spécialement dans le Vajrayana), il est capital d’examiner minutieusement la tradition, la lignée et ses maîtres passés et contemporains pour nous assurer de notre mieux qu’il s’agit d’une voie à laquelle nous poulons accorder une confiance inconditionnelle, une voie sur laquelle nous nous sentons prêts à cheminer.

Dans ce contexte, il va sans dire que les turbulences de la vie de l’enseignant ne doivent pas nous servir de paramètres ; elles doivent plutôt être comprises comme des éléments d’une vie humaine complète, et rien de plus. Chaque enseignant du Vajrayana est pleinement humain, exactement comme nous, ce devrait accroître notre confiance en lui et en ses enseignements et qui devrait nous aider à contrer les projections mutuelles malsaines et contre-productives. Le maître du Vajra ne possède pas l’éveil ; il ne peut nous le donner. Quand nous transférons en lui le pouvoir de notre intuition et de notre entendement, nous nous trahissons nous-mêmes, nous trahissons notre engagement envers lui et envers la lignée, et nous refusons d’explorer la richesse de ce moment notre vie. En tant qu’étudiants, nous devons aussi « prendre notre place ».

Voici un enseignement utile de Thrangu Rinpoché : « La foi dans le guru ne signifie pas une foi aveugle. Elle ne consiste pas à croire 'Mon guru est parfait', alors que votre guru n'est pas parfait. Elle ne consiste pas à prétendre que les défauts de votre guru sont des qualités [illuminées]. Elle ne consiste pas à rationaliser chaque faiblesse du guru en vertu surhumaine. Après tout, la plupart des gurus ont des défauts. Vous devez les reconnaître pour ce qu'ils sont. Vous n'avez pas à prétendre que les défauts de votre guru sont des qualités [illuminées], parce que l'objet de votre dévotion, ce n'est ni la faiblesse, ni les bizarreries, ni les défauts de votre guru, mais le dharma qu’il vous transmet. Vous ne pratiquez pas les faiblesses du guru. Tant que le dharma que vous recevez est authentique et pur, alors ce guru est un objet convenable pour votre dévotion. Le résultat que vous obtenez, vous l'obtenez du dharma que vous pratiquez... Vous suivez l'enseignement du guru, et ‘avoir confiance' signifie avoir confiance principalement dans la validité des enseignements eux-mêmes. »

9) La dévotion au cœur de la voie

La dévotion est au cœur de notre lignée. Comme le dit Trungpa Rinpoché, il s’agit essentiellement d’une lignée dévotionnelle. Vous accomplissez le parcours par dévotion. Ultimement, il s’agit d’une dévotion à votre nature la plus profonde et au parcours qui vous appelle à la réaliser. Les autres formes de dévotion ne sont que des expressions de cette dévotion fondamentale.

Au début, la dévotion concerne les enseignements qui nous sont donnés par notre maître. Le type de relation que nous avons avec lui et le type de personne qu’il est pourraient prendre un million de formes différentes. Il n'y a pas de règles. Nous pourrions passer beaucoup de temps avec notre enseignant, comme Milarepa, ou nous pourrions le rencontrer une ou deux fois seulement, recevoir des enseignements, et arriver à la grande réalisation, comme l’a fait la siddha Manibhadra. Quand nous rencontrons un enseignant authentique, notre réponse intérieure est parfois puissante : les enseignements donnent voix à nos aspirations les plus profondes,à la dévotion inhérente de notre Nature de Bouddha. Les enseignements parlent pour notre moi le plus profond, et en son nom ; ils nous exhortent à nous engager envers nous-mêmes et à réaliser notre véritable nature, et nous fournissent les pratiques qui nous aident à cheminer vers cette réalisation ultime.

10) Nature de Bouddha, individualité et service

     Universalisme bouddhiste et notre nature humaine commune

Le bouddhisme affirme que nous partageons une nature humaine commune, notre « Nature de Bouddha », beaucoup plus profonde et plus durable que tout ce qui nous sépare. Le Dharma permet à chacun d’entrer en contact avec cette humanité fondamentale et de la reconnaître aussi chez les autres ; il nous permet ensuite de la nourrir aussi bien en nous-mêmes que chez ceux qui font partie de notre vie. Notre lignée est une tradition spirituelle universelle offerte à quiconque souhaite étudier, pratiquer et s’engager sur cette voie. Aujourd'hui, ses pratiquants proviennent de plus d’une centaine de pays d'Amérique du Nord et du Sud, d'Afrique, d'Europe, du Moyen-Orient, d'Inde, d'Asie du Sud-Est, d'Australasie et d'Extrême-Orient. Ils reflètent un extraordinaire éventail de races, groupes ethniques, pays et cultures, sociétés, origines religieuses, opinions politiques, étapes de vie, genres, orientations sexuelles et conditions de santé. Tous sont les bienvenus.

     L'individualité sacrée de chacun

La nature humaine que nous partageons n'est pas colorée ou limitée par notre propre histoire, nos opinions politiques ou notre identité relative particulière. Elle se définit au contraire par une conscience ouverte et inconditionnée par laquelle nous pouvons pleinement voir et apprécier les autres tels qu’ils sont, peu importe leur différence. Le bouddhisme soutient aussi qu’ultimement, chacun de nous est un individu unique qui ne peut être réduit à un groupe. Grâce à notre humanité universelle, nous pouvons connaître l’individualité des autres sans jugement ni critique, et ressentir de l’empathie et de l’amour pour eux, exactement tels qu’ils sont. Nous pouvons même nous émerveiller et nous trouver enrichis par leur expérience humaine unique.

     S'engager dans le monde de manière bouddhiste

Que tous aient également accès à une existence digne, épanouissante et pourvue de ressources essentielles est un principe établi dans le bouddhisme moderne et dans notre lignée. Le bouddhisme a une approche particulière de l'action sociale à laquelle nous adhérons. Il pose les bases d'enseignements et de pratiques qui nous aident à développer la capacité de voir, recevoir, apprécier et aimer les autres. Ceci active l’aspiration, innée chez l’humain, à aider les autres ; c’est le fondement le plus efficace de tous nos engagements extérieurs en vue de soulager la souffrance humaine et d’enrayer l’injustice. C’est avec l’énergie de cet élan que les pratiquants de la communauté globale de Dharma Ocean poursuivent toutes les formes d’engagement social possibles et imaginables.

—Dr. Reggie Ray, Crestone (Colorado), le 9 septembre 2021

Notes finales

[1] De la section « Drub-Gyu » de la transcription révisée du 2005 Vajrayana Training Intensive Volume I , 66-67.

[2] Voir Reginald Ray, “The Three Lineages,” Buddhadharma, 1er décembre 2005. Disponible sur Lion’s Roar.

[3] Pour une excellente discussion approfondie sur le sujet, voirThe Role of the Teacher in Tibetan Buddhism: A Reader’s Guide to the Teacher-Student Relationship” sur le site web des Publications Shambhala.

Cliquez ici pour télécharger un PDF de ce document.

Powered By MemberPress WooCommerce Plus Integration