QU’EST-CE QUE LA MÉDITATION SOMATIQUE ?
Quand nous quittons la pensée pour nous immerger dans le corps, nous entrons dans le champ de l’expérience directe, de l’intuition éveillée et de la conscience inconditionnelle.
INTRODUCTION
La méditation est une pratique à la fois simple et profonde qui nous éveille à ce que nous sommes fondamentalement. En ce moment même, nous portons en nous un état d’être vide, ouvert et libre. Il nus est cependant impossible de le percevoir tant qu’il est voilé par nos tendances habituelles et nos dissimulations. Par la pratique de la méditation, nous parvenons graduellement à nous dépouiller du superflu et à révéler l’état d’éveil, qui, dans sa brillance, représente notre nature véritable. Ainsi ouverts, nous pouvons nous engager dans notre vie avec énormément de clarté et de chaleur ; nous pouvons percevoir et apprécier ce monde, qui est sacré, et aimer les autres de façon parfaitement altruiste. La méditation nous rend d’abord notre vie et notre être le plus profond, pour ouvrir finalement notre cœur à l’univers entier.
La pleine conscience du corps est le fondement de la pratique méditative. Elle nous met en contact direct avec ce que nous sommes véritablement et avec la part de nous-mêmes qui s’engage sur la voie spirituelle. En concentrant notre attention sur le corps et en utilisant la respiration comme véhicule d’exploration, nous nous éveillons à notre expérience humaine immédiate, dépouillée et non-conceptuelle. Nous découvrons le dynamisme et les couleurs formidables de notre propre vie intérieure, le flot constant de nos pensées, le monde infini de nos sensations, de nos impressions et de nos émotions qui apparaissent et disparaissent comme les vagues de l’océan ; nous découvrons l’espace et la sérénité sans limites de notre conscience fondamentale. À mesure que cette façon d’être nous devient familière, nous apprenons à nous abandonner à ce processus naturel et à développer une apréciation durable et profonde pour toutes les facettes de notre personne, des autres et du monde.
La conscience fondamentale du corps
La méditation somatique choisit le corps comme son arène fondamentale. Elle ne cherche pas à développer la méditation à partir de l’hémisphère gauche du cerveau, un processus de pensée « de haut en bas », comme c’est le cas de la plupart des approches contemporaines. Elle procède plutôt « de bas en haut », de façon à prendre contact avec l’éveil inhérent, auto-existant, d’emblée présent dans le corps.
Les approches conventionnelles procèdent à partir de la pensée intentionnelle consciente et suivent des instructions conceptuelles pré-établies. À l’inverse, la méditation somatique développe une conscience méditative accessible par le biais des émotions, des sensations, de l’intuition somatique et du ressenti corporel. Le corps a une conscience immédiate et intuitive de la totalité ; c’est en fait dans le corps que loge l’intuition. Nous tentons de nous mettre à l’écoute de cette dimension. En termes bouddhistes, le corps humain, tel quel, se trouve déjà dans un état méditatif constant : le domaine de l’éveil nous est parfaitement accessible.
Transformation durable
Cette approche somatique « de bas en haut » met fortement en relief la façon dont les approches conventionnelles (« de haut en bas ») se limitent trop souvent à des projections mentales — dans les mots de Trungpa : une gymnastique mentale. L’approche directe, intuitive et non-conceptuelle de la méditation somatique nous permet d’aller à la rencontre de notre propre expérience de manière directe, dépouillée et totalement accessible. Fait notable, seule une expérience directe, dépourvue de voiles, peut apporter une transformation durable. Par la méditation somatique, nous réalisons ainsi que l’état méditatif ultime ne se trouve pas à l’extérieur de nous, au-dessus ou ailleurs ; il constitue au contraire la réalité la plus essentielle et la plus profonde de notre propre corps, une réalité qui attend simplement que nous nous tournions vers elle.
Le fondement
Nous pouvons examiner la méditation somatique de façon plus systématique, en tant que fondement de notre pratique, en tant que parcours et comme le fruit auquel nous aspirons. Le corps est le sol, ou fondement, de notre méditation parce que la conscience non-dualiste, qui est notre nature la plus fondamentale, s’y trouve logée et l’imprègne. Par « corps », nous entendons tout particulièrement l’hémisphère droit du cerveau, l’amydgale droite, le corps calleux et le tronc cérébral ; aussi la gorge, le cœur et les intestins, qui sont des centres primaires de connaissance ; et jusqu’à nos cellules, chacune porteuse de conscience. Il s’y trouve une conscience intuitive, directe et totale — en d’autres termes, notre nature de bouddha. L’expérience directe, c’est-à-dire ce dont nous sommes conscients et ce sur quoi nous travaillons en méditation, survient dans notre corps.
Le corps est le chemin
Notre corps nous ouvre également un chemin de pratique. Les instructions de méditation somatique que nous recevons et les pratiques que nous poursuivons sont des développements et des raffinements de notre processus spirituel en vue d’une incarnation toujours plus profonde, plus subtile et plus complète de la pleine réalisation. Le corps est aussi un parcours d’une manière différente : quand nous méditons, notre cheminement spirituel vient de notre expérience, de ce qui se manifeste physiquement, de ce sur quoi nous devons travailler pour nous ouvrir davantage. Plus encore, le corps orchestre ce processus. Ici aussi le corps est donc notre nature de bouddha ; dans sa pénombre, il abrite ce vers quoi nous nous acheminons — la véritable personne que nous sommes appelés à être — et il nous guide inexorablement vers cette réalisation. Enfin, le corps est notre protecteur tout au long du parcours. Lorsque nous sommes incertains ou égarés dans notre pratique, l’expérience somatique nous permet de vérifier ce qui se passe vraiment en nous. Nous demandons à notre corps de nous guider. Nous devons devenir notre propre guide de méditation, et c’est possible ainsi : en examinant tout ce que nous faisons à la lumière des informations somatiques reçues de l’intérieur pour en évaluer la justesse et tenter de pressentir ce qui suivra.
Trikaya
Finalement, nous pouvons considérer notre corps comme le fruit de notre pratique. Par la méditation somatique, la réalité fondamentale de notre corps de dévoile graduellement ; une réalité complètement différente de celle que nous concevions au préalable. Par cette extraordinaire découverte, nous comprenons que notre propre corps, dans tout ce qu’il est, est une expression de la sacralité de l’univers, parfaite et libre, nul autre que le trikaya — les trois corps de l’Illumination, les trois corps du Bouddha.Ce corps humain qui est le nôtre, comme tout ce qui est, n'est rien d'autre qu'une expression du caractère sacré de l'univers — entier, parfait et libre.
Le plus remarquable, c’est que cette compréhension n’a rien de théorique ; elle ne vient pas non plus de notre esprit pensant ; elle relève de notre expérience personnelle, directe et pleinement incarnée. Dans ce contexte, nous en arrivons peu à peu à l’expérience de la nature essentiellement vide de notre corps, de sa conscience ouverte (Dharmakaya). Nous en arrivons au fait que cette conscience déborde d’énergie implicite, de force vitale naissant continuellement de l’espace fondamental (Sambhogakaya) et au fait que cette naissance est celle de notre propre vie — l’émergence de chaque situation, chaque émotion et de chaque rencontre, dans leurs moindres détails (Nirmanakaya).
Complétude
Dans la méditation somatique, donc, le corps est le fondement, le parcours et le fruit de notre pratique. En revanche, le cerveau gauche — le siège de la pensée discursive et de la conceptualisation égotique — n’a aucune participation directe dans l’expérience méditative. Le cerveau gauche a tout de même plusieurs rôles importants à jouer dans notre parcours spirituel ; pour les remplir, cependant, l’égo doit opérer en tant que soutien, en quelque sorte comme le serviteur de notre Soma fondamental, de l’état d’éveil intérieur. Il doit accepter d’être placé au second rang dans la hiérarchie du corps et de la pensée. De cette manière, la pensée peut nous aider. Elle nous fournit une façon de discerner et de comprendre conceptuellement ce qui se manifeste dans notre méditation. Grâce à sa fonction exécutive, elle peut nous aider à traduire l’inspiration parfois amorphe de notre Soma en buts pratiques et concrets, en actions et en plans. Elle nous aide à atteindre une compréhension de nous-mêmes qui accorde une place centrale à notre vie spirituelle et à notre pratique méditative. Et elle est le moyen par lequel nous devenons capables de transférer l’expansion, la chaleur et la joie de notre méditation dans notre quotidien, de l’intégrer à notre personne de tous les jours et de créer des modèles sains (plutôt que dysfonctionnels) à tous les niveaux de notre vie. En bout de ligne, l’activité de notre cerveau gauche fait la transition entre les incessantes narrations auto-centrées de notre égo déconnecté et qui nous sommes vraiment, dans notre nature fondamentale et dans notre vie réelle, avec ses déploiements et possibilités illimitées. Le cerveau gauche, en tant que serviteur de notre parcours, nous aide à parvenir à une histoire véridique, vraiment personnelle et sans fin. On dit que « nous sommes nés pour aimer » : la méditation somatique nous permet de réaliser ce but fondamental de notre existence.
